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Création d'inégalités territoriales par le coefficient correcteur mis en place lors de la suppression de la taxe d'habitation
- Corps de la contribution
- La situation financière des collectivités appelle un constat implacable : leur autonomie fiscale a été réduite à portion congrue. Depuis la suppression de la taxe professionnelle en 2010, puis celle de la taxe d'habitation sur les résidences principales achevée en 2021, et enfin celle de la CVAE, les impôts directs locaux sont passés de 40 % des recettes réelles de fonctionnement des collectivités en 2004 à 27 % en 2021. Le paradoxe est connu, mais il mérite d'être rappelé : c'est précisément en 2003, lors de l'inscription à l'article 72-2 de la Constitution du principe d'autonomie financière des collectivités, que s'amorçait le mouvement inverse. La loi organique de 2004 puis la jurisprudence du Conseil constitutionnel de 2009 ont progressivement vidé ce principe de sa substance, en faisant entrer dans la catégorie des « ressources propres » des parts de fiscalité nationale sur lesquelles les élus locaux n'ont aucun pouvoir de taux. La garantie constitutionnelle était là ; l'autonomie fiscale réelle, elle, n’a eu de cesse de reculer. Et sans levier fiscal propre, sans visibilité sur l'évolution des dotations et des fractions de TVA qui les ont remplacés, et confrontées à des dépenses contraintes en forte hausse, les collectivités naviguent à vue. Cette situation n’est pas tenable. Dans ce contexte, les effets du coefficient correcteur mis en place lors de la suppression de la taxe d'habitation sont d'autant plus désastreux. Sa logique initiale était compréhensible : garantir à chaque commune une compensation exacte de la perte de taxe. Mais cinq ans après sa mise en place, ce mécanisme produit des transferts de fiscalité massifs, sans lien avec la péréquation, et dont les effets territoriaux sont de moins en moins défendables. En 2023, ce transfert vers d'autres collectivités atteignait 57,5 millions d’euros, touchant plus de 460 communes de Dordogne. C'est, en fait, un prélèvement net de plus de 50 millions d'euros sur un territoire rural, au bénéfice d'autres territoires parfois mieux dotés économiquement. Ce n'est pas de la péréquation : c'est l'héritage, figé et aveugle, d'un arbitrage gouverné par la seule technique. Cette expérience du coefficient correcteur nous enseigne une leçon de méthode autant que d'équité : lorsqu'un impôt local est supprimé et compensé par une photographie figée des bases fiscales d'une année de référence, les territoires structurellement moins actifs - moins de population, moins de consommation, moins de transactions, moins de surfaces commerciales - en paient durablement le prix face à des territoires urbains dont la densité et le dynamisme économique génèrent mécaniquement davantage de rendement fiscal. Il est urgent d'analyser les créations d'inégalités territoriales par le coefficient correcteur dans notre pays.
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