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Évaluer l’efficacité des politiques publiques d’éducation économique et financière des jeunes
- Corps de la contribution
- La France a fait de l’éducation économique, budgétaire et financière une ambition publique, notamment à travers la stratégie nationale EDUCFI pilotée par la Banque de France. Des actions existent déjà auprès des jeunes, dans les établissements scolaires ou au moment de l’entrée dans la vie adulte. Pourtant, leur efficacité réelle reste difficile à apprécier. Les jeunes quittent encore trop souvent le lycée sans maîtriser des notions qui conditionneront leur autonomie future : budget, épargne, crédit, risque, rendement, diversification, horizon de temps, investissement productif. Cette faiblesse nourrit la défiance envers la finance, la vulnérabilité face aux offres spéculatives et une compréhension insuffisante du rôle de l’épargne longue dans le financement de l’économie. Je propose que la Cour des comptes conduise une évaluation nationale des politiques publiques d’éducation financière destinées aux jeunes, en particulier au lycée et au moment du passage à la majorité. Cette évaluation pourrait porter sur quatre points. Le premier concerne la cohérence des dispositifs existants. Il s’agirait d’identifier les acteurs publics impliqués (Éducation nationale, Banque de France, Caisse des dépôts, collectivités, associations partenaires) et d’évaluer si leurs actions relèvent d’une stratégie structurée ou d’initiatives dispersées. Le deuxième concerne l’impact pédagogique. Les dispositifs actuels améliorent ils réellement les connaissances et les comportements des jeunes ? Permettent-ils de distinguer épargne de précaution, consommation différée, investissement de long terme et spéculation ? Donnent-ils des repères concrets sur le crédit, les frais, la durée, la diversification et le risque ? Le troisième concerne l’égalité d’accès. L’éducation financière ne devrait pas dépendre du capital culturel familial. Or les jeunes issus de familles déjà familières avec l’épargne ou l’investissement disposent d’un avantage implicite. La Cour pourrait évaluer si l’action publique réduit cette inégalité ou si elle touche principalement les publics déjà les mieux informés. Le quatrième concerne les méthodes pédagogiques. La France enseigne certains principes économiques, mais souvent de manière abstraite. Une comparaison européenne pourrait analyser l’intérêt de dispositifs de pédagogie active, par exemple des simulations d’investissement fictif, encadrées et collectives, permettant de comprendre concrètement le risque, le rendement, la diversification et le temps long. L’enjeu n’est pas de promouvoir la Bourse auprès des jeunes comme un jeu ou une promesse de gain, mais de leur apprendre à distinguer épargne, investissement, création de valeur et spéculation, et à devenir des citoyens capables de décisions financières éclairées. La Cour pourrait également examiner si les dispositifs publics d’épargne jeune sont suffisamment lisibles, accessibles et pédagogiques. Elle pourrait évaluer l’opportunité, les conditions et les risques d’un premier outil d’entrée dans l’épargne longue, symbolique, encadré, diversifié et à faibles frais, conçu d’abord comme un outil d’apprentissage. Une telle enquête permettrait d’objectiver un sujet d’intérêt général : la puissance publique prépare-t-elle réellement les jeunes à gérer leur argent, à éviter les pièges financiers, à comprendre le financement de l’économie et à construire leur autonomie ? Elle éclairerait les décideurs sur le coût, la gouvernance, la couverture et l’impact réel des actions existantes.
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